Le quatorzième délire

deterrage, illustré, parabole

Merci de cœur à Annalisa Bollini pour l’illuminée illustration d’un vieux texte qui date de plusieurs années, déterré, un peu retouché et rebaptisé à l’occaz’ « Le quatorzième délire »

À l’heure du clair obscur, Maitre de Cérémonie
Des soirées d’un bastion
Où les morts sont en vie
Et où les vivants crèvent dans les oubliettes et les recoins crasseux
De l’histoire
Il fait passer les galettes de quelques interprètes
D’une musique intacte que l’on croit révolue

– Il y a tant d’émotions qu’on ne saurait par où commencer
Mais tout au fond de son bide, il savait bien des diarrhées
Et les réponses, sans doute, lui importaient peu
– J’ai une chose importante à vous dire, dit-il à ses conseillés
Je ne sais pas vraiment ce qu’il se trame chez ces cons
Mais il est venu à mes oreilles des bruits inquiétants
Il semble clair que les lascars préparent un mauvais coup
J’entends que la barbarie s’installe durablement
Elle coule désormais dans la lymphe de leurs mômes.
Le monstre est dans la veine
Et pour lui, la mort est l’unique manière de pardonner
Si ce vent mauvais inocule le peuple
Attendons-nous à un irrépressible chaos !

Les fidèles revenaient
Des pèlerinages imaginaires
Chargés de gros paquets remplis des dernières trouvailles à la mode
De bijoux, de parfums, la plupart contrefaits.
Ils avaient entendu siffler les balles sur le couchant
Et la chaleur écrasante s’appuyait sur leurs épaules brulées.

La pente était raide pour atteindre le fort
Mais la perte de foi n’était pas envisageable
Quand ils scrutaient l’horizon vers la grande sainteté
Ces visages enfiévrés étaient couverts d’un voile d’ignorance
La trace de sang avait été miraculeusement effacée
Il restait seulement quelques taches de sueurs
Et une odeur de beurre très rance

– Tout devra être ravalé par ma terre
Et les comptes seront bons, avait-il pensé
Il avait le cœur ferme, mais charitable
– Ils comprendront le prix de ces idéaux.
J’exporterais davantage encore ce qui fait de moi un intouchable
De par le vent et les marées
Rouvrez la salle des fêtes, donnez du pinard aux édentés.

Dans la ruelle commerçante, le braillement des apothicaires
Vibrait comme le râle des crevards qui refusent la mort
Les clochards regardaient hébétés les mollets
Des bureaucrates qui sortaient pour la pause déjeuner.
Sur un panneau on pouvait lire :
« Vous et vous seul savez »
La rumeur d’une attaque ennemie s’était propagée ce matin
On jouait sur la place centrale des chansons pieuses,
On cherchait ça et là les musiques traditionnelles
Qui auraient recouvré le moral du peuple
Un cavalier d’une allure presque antique
Était resté pensif devant la forteresse, une paille dans la bouche
Le regard préoccupé mais confiant

Il fit alors très doux dans l’antichambre
– Attrapez-moi ce con d’Auguste !
Ces mots lui vinrent à la bouche, d’une mystique inspiration

Le juge d’instruction qui se trouvait par hasard en ville fut convoqué
Il eut un long entretien en privé avec Lui. Il en sortit très éprouvé
– Je porte une trop lourde responsabilité, dit alors le juge.
– Ne pose pas de questions, répondit-il,
Nous n’avons pas le choix, fais juste en sorte que rien ne se sache.
Il doit crever, sinon c’est foutu.
C’est alors que le vent se leva et que le pont-levis fut baissé
Auguste s’éloignait sur sa monture boiteuse
Et tous les autres rentrèrent pour ne jamais ressortir.

Pour s’en mettre plein les mirettes des créations d’Annalisa, voici le lien :
http://www.annalisabollini.altervista.org/illustration/Home.html

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