Distance, recul

éphéméride, peinture, point de vue, souvenirs, voyage

Quand j’ai commencé le projet « Prochain Lointain » l’an dernier, je voulais peindre ceux qu’on appelle les proches en tentant de faire résonner l’ambivalence des sentiments que l’on peut éprouver face à l’autre. Ma nature distante, tournée vers la route, l’amour du plus lointain, et la tentation d’être plus proche, moins défiant, de soigner ce tempérament qui naturellement cherche l’indifférence : l’exprimer avec des couleurs, des textures qui expriment la véracité d’une sensation, des lignes qui disent mon attachement au réel. La peinture comme une recherche de la vérité par la passion instinctive qui se heurte à mon passé de biologiste et m’entraine vers une certaine objectivité. Les prochains, les lointains, des corps et des âmes, je voulais dégager ce qui nous échappe, la sensation volatile qui leur appartient, l’animal et l’humain. J’ai avancé avec mes sensations, mon désir de lumière.

Puis j’ai voyagé au Vietnam, le pays de mes fantômes éblouissants. Quand on se promène sur la terre de ses ancêtres, on croise parfois en souvenirs les vérités de notre enfance. Peut-être de là me sont venues les couleurs comme des notes que je fredonnais, que j’avais oubliées. Ou de la nostalgie qui apparaissait ainsi, bestiale et affamée de nouveauté ?

Et ici je vous présente où cela m’a mené. Le travail réalisé la semaine dernière. Avec Pierrot comme modèle.

Chroniques

chronique, point de vue, voyage

On a jamais vraiment été, même lorsque ça caillait grave dehors et que dedans, c’était brulant, qu’il n’y avait d’autre à envisager que d’étreindre un rêve d’immortalité, jamais vraiment, les atomes un peu ici, un peu partis, un peu barrés, un peu trop loin, jamais vraiment, parfois quand même un peu frangin, les soirs où y avait rien d’autre à envisager que se mettre sur la corniche pour regarder tomber la nuit sur la ville, en se disant qu’on pourrait bien l’assiéger, rester là devant, jusqu’à ce que la douleur crève de faim, jusqu’à ce que la nuit exhale son parfum de matin. Et puis y avait cette saloperie de complicité, la route et la même destination. On les aimait les bougres et les ratés, pour les mêmes raisons, leur absence de pères et de repères, leurs passions et leurs colères, on se foutait bien de leur gueule aussi, lorsqu’ils marchaient de travers, qu’ils se vautraient dans les fossés. On les aimait aussi, les bêtes et leurs pupilles pleines de méfiance, qui donnent la confiance qu’on mérite. Bien sur, aussi, y avait les glandes, qui nous remontaient dans la gorge, qui nous filaient des glaires, des larmes, face aux carnages, face aux dilemmes, face à nous-mêmes, à vouloir nous tirer du piège de la culpabilité, aller jusqu’au bout d’une abstraction, préoccupé qu’on était par les histoires de conscience, poussé de l’intérieur vers un mur tagué de sang.