Atomes

peinture, peinture et poésie, portrait

Nous regardons
Au travers de tous les temps
Et de tous les espaces
Qui s’interposent
Et tentent de nous laisser désemparés
Face à ces choix si complexes
Et ces erreurs à démasquer
Mais c’est un travail qui a du sens
De chaque jour
Repousser cette impossibilité
De garder ses forces et son amour
Pour cette
Drôle de signifiance
Ainsi même en perdant
Il se pourrait qu’on gagne un truc plus vrai
Un noyau sincère autour duquel
Peuvent graviter tous nos rêves
Sans s’entrechoquer

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Partir et rester

peinture, peinture et poésie, portrait, pulsation, reflux, souvenirs, voyage

L’homme regardait les flammes
Comme on regarde dans les yeux du destin
Peut-être à mi-chemin entre prudence
Et aveuglement
Il avait regagné in extremis
Ce petit amas rocheux au milieu d’une mer d’armoise
Il pensait à l’enfant qu’il avait laissé là
Avait-il eu le temps de lui transmettre ça
Lui qui s’était évertué à rester digne
À maitriser dans le foyer de son âme cette bienveillance
Qu’il avait reçu jadis
Et l’homme regardait les flammes
Volées il y a longtemps
La lumière transfuge
Qui depuis lors
Vacille
Dans le regard du destin

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L’héritier

peinture, peinture et poésie, portrait

« Vois comme la vie peut être débrouillarde
Vois l’arbrisseau né dans un verre de moutarde
Vois comme il se retourne sur sa seule richesse
Toi qui est son soleil au milieu de la pièce
Et tout autant sa nuit, son vent et son nuage,
A l’étroit dans son pot comme dans une cage
On dirait le poète qui rêve dans sa chambre
De la terre et du ciel uni entre ses membres »

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Le grec

portrait, publication, voyage

Extrait du fanzine « Le Grand Machin Truc » 36 pages + gravure en couverture

Une vingtaine d’exemplaires disponibles à la demande (prix libre)

le grec

quand j’ai débarqué
le grec était déjà pas mal éméché
il gribouillait sur une nappe en papier
il m’a vu et
il a dit « ah te voilà garnement
je commençais à en avoir marre de regarder
ces vieux crever »

c’était un kafenío plutôt banal
où les vieux venaient tailler la bavette
en buvant de l’ouzo
et en jouant au backgammon
je me suis assis à sa table
il a commandé du retsina avec du coca
et quelques mezzés

je l’avais rencontré deux heures
auparavant alors que je me promenais
dans les ruelles accueillantes
d’Aghia Paraskevi
il parlait très bien français
et je crois qu’il avait besoin de se vider
la patate

il a commencé par
me parler de son pays
à vanter le bordel joyeux des grecs
métaphorisant les routes merdiques
et les constructions bâclées
les transformant en oeuvres mystiques
à la beauté fugitive
et j’alimentais le fourneau de sa fierté
autant que je le pouvais
jurant que les grecs étaient les branleurs
les plus créatifs que j’avais jamais
rencontrés
son zèle devenait
de plus en plus postillonnant
à mesure
que les verres se vidaient
il terminait souvent ses phrases par
« tu vois ce que je veux dire ? »
et je répondais que oui
ce qui était un mensonge
« t’es pas con gamin
t’es pas con comme cet abruti »

et il tapait dans le dos du vieux
qui nous écoutait parler mais
qui ne comprenait pas un mot de
ce que l’on disait
puis
il en vint à me parler de littérature
il cita des poètes
dont je n’avais jamais entendu parlé
ou dont le nom m’était vaguement familier
Ritsos Seféris le pote de Miller
et j’écoutais ses analyses délirantes
sur la poésie grecque
il évoquait avec nostalgie une sorte d’âge d’or
de la poésie de combat
le temps des colonels
je trouvais son discours intéressant
enfin non
ce n’est pas vraiment son discours
que je trouvais intéressant
d’ailleurs je n’en ai presque rien retenu
c’était plutôt sa façon d’utiliser
le langage comme un joueur de baglama
il façonnait des images musicale à l’aide
de petites notes vives et intenses
qui allaient directement s’incruster dans ma tête

les heures chaviraient comme des petits
voiliers ivres sur les vagues de la mer Egée
et il continuait de la sorte
comme un capitaine autoritaire
universalisant sa mythologie absurde
et moi les oreilles
au garde à vous
sans jamais vraiment pouvoir en placer une
sa voix se faisant de plus en plus
mélancolique

« ces vieux croulants passent leur vie ici
à parler du cul de l’épicière
la réalité ne fait que se remplir
de destins merdiques
une bonne guerre ou un tremblement de terre
pour tirer la chasse
tu vois ce que je veux dire ? »

non
je ne voyais pas vraiment ce qu’il voulait dire
mais encore une fois j’ai préféré dire oui

« on est les reclus de l’univers
on attend le coup de pied au cul de la fatalité
c’est pour cela qu’on est si bien disposé à rien glander
et à rester assis en fumant et en picolant
c’est parce qu’on a déjà tout inventé »

on a écopé le rafiot jusqu’à la dernière goutte
et lorsque les vieux ont décidés de partir
il a fallu faire de même

on est sorti dans la rue déserte
on s’est mis à pisser contre le mur d’une maison
qui semblait inhabité depuis des siècles
il a dit :
« tu sais qu’en moyenne les grecs ont les plus longues
bites d’Europe ? »
j’ai rigolé puis
le type est parti de son côté
et j’ai regagné ma piaule
accompagné d’une belle migraine

le lendemain il prenait
le premier bac pour rejoindre
Smyrne et je retournais nettoyer
les déjections dans la volière des hiboux