tabula rasa

débordement, délire, fièvre, tiroir

incursion des astres dans les marées de mon sang
expansion de l’éternité comme une note éclatée dans
la circulation de mon fluide
de mon feu
insolent et fanatique
chaque seconde s’élève avec l’expiration indéfinie
de la mort
chaque seconde érige des villes vulnérables
des fièvres sans limites
des monuments d’oublis
cris
inopinés
une dimension explose
renversement
des travaux archaïques
des gloires stériles
place
aux lagunes démentielles
imprégnées de destin
hors d’atteinte
j’entends naitre
chaque seconde
où la mort expire
recrache sa pluie de comètes
la révolution des planètes
et chaque seconde compte
et décompte

Καληνύχτα, Ειρήνη

blues, pulsation, tiroir

j’écoute passer Leadbelly
sur une route très lointaine
ses notes avancent pas à pas
sur le tapis de feuilles sèches
il fait très bon le vent est pur
non je ne crois pas qu’il pleuvra
je ne sais pas d’où vient la vie
le rythme me prend sous son aile
la musique craque ça lui va bien
et je l’écoute et ça va mieux
je me laisse aller à la nuit
je n’ai plus besoin de parler
et penser je n’y pense plus
advienne ce qu’il adviendra
la vie s’attarde dans les bois
je me promène et je vais bien
et bien que la chanson s’achève
je vous aimerais toujours quand même
pour votre beauté
trop naïve
vos larmes et vos tristes notes
jusqu’à ce que la mer s’assèche
je vous dis bonne nuit
la paix
je vous garderais dans mes rêves

j’ai rêvé

blues, humeur, noir, tiroir

j’ai rêvé

l’amour était parfait

je me sers un café et je reviens sur ce matelas trop dur
comme un éphémère se colle au réverbère

j’entends quelqu’un qui s’approche
« qu’est-ce qui ne va pas ?
tu as perdu quelque chose ? »

« n’approchez pas où je tire ! »

et j’envoie une rafale
de pruneaux dans les murs

mais mon chargeur se vide et
des femmes en profitent
pour entrer

« je t’avais dit que cette lopette était encore au pieu »

elles
ont des mâchoires tuméfiées
et des valises vides sous les yeux
(des valises qui ne voyagent jamais)

« hé mec, tu voudrais pas ouvrir tes volets ? »

et elles consument leurs mégots dans l’obscurité
et l’écrasent sur leur peau

« je sais pas ce que j’ai ce matin, bordel de merde j’ai mal au dos »

elles
ont peut-être des raisons de se plaindre,
mais je préfère me dire
qu’elles ont mérité cette pauvreté
« cassez-vous, s’il vous plait »
« bah, fais pas ton rabat joie
allez mon vieux, dis-nous qu’est-ce qui va pas ? »

j’ai rêvé des femmes de Milo Manara
voilà ce qui va pas !

chanson traditionnelle d’une province disparue

noir, pulsation, rimes, song, tiroir

c’est la teuf autour du barbeuk
je regarde griller le bœuf
qui fut jadis un bon poète
en plus qu’il fut mon
meilleur pote

j’entends les synthés qui mitraillent
la ligne de basse écœurante
le débit de la merde aqueuse
flow de paroles racailleuses

les nanas exposent leurs lunes
dans mon ciel repeint à la gueuse
les loulous contractent leurs muscles
serrent leurs dents décapsuleuses

ça joue les durs toutes ces feignasses
face à ces potiches mouillées
je tente d’entrer dans leur race
un mec dit « on est bien pas vrai ? »

et ces zonardes aux gros nénés
gobent les mouches et le discours
ultravide
de l’ultrabronzé
qui bande dans son pantacourt

et je m’abime le scopitone
je cherche un trou où m’enterrer
loin de ces mégas
supers hommes
qui se talochent avec l’été

je cherche et y a rien ni personne
que des tocards des pique-assiettes
qui jouent à péter des canettes
dans le bac à sable des mômes

je suis cramé ça suffit pas
faut m’dégoupiller l’occiput
y balancer de l’eau glacée
je vais pas bien faudrait que j’les bute

que j’les balance dans la piscaille
que le vide se remplisse d’eau
que j’les vois flotter comme des poiscailles
sur le dos

mais y a du vent
dans mon bocal
et y a des heures dans le formol
et y a le ciel et y a que dalle

et j’abandonne
et j’abandonne