héroïque

blues, débordement, fièvre, humeur, pulsation

et puisqu’on se doit bien d’attendre
et que ça viendra ou pas
on doit pas tout donner
parait qu’il faut en garder sous le coude
pour l’hiver au coin du feu
ou pour le râteau des épicières
ou pour la lutte des classes
pourtant, faut faire confiance
à quoi bon. à la chance
et en avant
on se préoccupera de la paix avec nos jardinières
nos composteurs et nos pulls vintages
et le papier cul recyclé
et les spaghetti
sans gluten
ouais c’est des idées
qui passent comme les autres
et qu’il faut accommoder
avec l’idée qu’on se fait
de ce qui est honnête ou
pour la cordialité
pour pas faire trop
vénèr à l’extérieur
pour pas que les rides prospèrent
sur ton postérieur
oh oui je le sais
qu’y a du blé à se faire
et des graines oubliées dans le vent
de la vieillesse
alors, j’ai pas perdu mon temps
je l’ai juste égaré
chante un timbré
dans le tromé
plumé jusqu’aux os
et de la nuit raz la casquette
mais rassure-toi
ta part je la rendrais
elle doit être
quelque part
et vas-y l’zigoto
qu’est ce que tu veux rajouter
à cette foutue cyber immortalité
« c’est chaud d’arriver
à rester romantique
avec le temps qu’il fait !»

times

bloc-note, débordement, délire

tu sais j’ai pas prévu cette ironie
je me suis réveillé c’était pas comme avant
c’était comme après une sale soirée
où ont m’aurait chouravé ce qui me restait
de poésie dans le bide
où on m’aurait prélevé la vésicule biliaire
pour la vendre aux chinois
mélangé au ginseng
et je me suis réveillé
dans une baignoire remplie de glaçon
et j’écris un texte
mais va pas croire
c’est juste du doigt sur les boutons
d’un ordinateur
réaliste
***
je suis resté coincé
à Brooklyn alors que tous mes amis étaient partis
pour Manhattan
pour voir une grande exhibition
j’attends encore la belle échappée
à bord du J train mais peut être que j’ai la frousse
finalement
et que cette bibliothèque municipale me va très bien
pour faire mon lard pendant que ça rouille
les rails
et que ça dégèle
mais comprends quand même
faudrait qu’j’assume
mais y a de l’amour dans mon système qui se rhabille
qui fout sa gaine
je sortirai si le soleil se lève
***
le black hier il en voulait aux blancs becs
et à jésus
il disait que jésus il avait été inventé par les blancs becs pour buter
les indiens
et les nègres et bon malgré qu’il arrivait à contenir
encore le génie sanguinaire dans sa lampe
et que sa béquille c’était pas un m16
il crachait quand même quelques glaires
pour dire ce qu’il pensait
de tout ça
il était à deux doigts de la justice
mais il a fini par conclure
que les hot dog sont finalement
plus utiles
que les meurtres de
sang froid
oh lord
jusqu’à quand ça tiendra
***
ça fait trop mal aux yeux
ce jeu cette culpabilité
que l’on transmet
comme les lumières publicitaires
avec notre portrait et notre slogan merdique
comme le rêve sur Times Square
à se croire exemplaire
à croire simplement que l’on plait
encore davantage lorsqu’on est vrai
mais c’est pas vrai
c’est juste une rupture volontaire de la justice
c’est juste une prise
que l’on débranche à sa guise
***
on a beau dire
non rien

comment ça va, ma poule ?

fièvre

ça roule ici, poupée
comme ça roulera aussi sans nous

sur une pente semi nocturne
la charrette branlante d’un rêve
à l’intérieur de l’extérieur de la réalité

oui ça va pas trop mal ma poule
c’est juste cette bonne vieille routine qui prend un bol d’air
c’est cette mémoire dans la mémoire
c’est cette morsure du genre clébard
dans cet espoir
genre os de gloire
c’est l’ordinaire qui était là avant nous
et qui se cherche un bon dieu dans un bruit d’estomac

oh oui ça gaze ne t’en fais pas
on va bien arriver quelque part
dans une heure
ou dans le coaltar
ou qu’on va trainer dans le hall de guerre
à mater l’horloge
solaire
en attendant que les reins tassent
et les trains passent mais y en a guère
qui aillent là-bas
je dis pas qu’c’est loin mais c’est que ça doute
et
faut pas desserrer la rondelle
c’est pas léger mais c’est réel
ceux qui cogitent pendant que tu perds
alors faudra
mais dans de beaux draps
et suis,
sidère,
et fais comme si
mais si sensible
le ciel qui s’embrase
comme une gauloise
et le scénar qui s’épaissit
et les anges de la roulette russe
qui signent aussi
même si c’est froid dans la rue
si
et vas-y
je cours déjà
j’y met du mien
je dirais presque que
je t’aime bien
si seulement

si
ça roule ici
chérie
comme ça roulera aussi sans nous

je serais à l’heure

Probablement vrai

débordement, délire, pulsation, reflux

Je suis arrivé et j’ai entendu
« Bienvenue »
Le ciel était encore intact
Quand on glissa la brique dans la poche
De mon manteau
Je suis entré dans la fête
À présent j’assiste à la naissance d’une probabilité

Le feu n’a pas encore pris
Puisque j’entends « reviens, je t’en prie »
La foule attend la foudre
Qu’a-t-elle de mieux à faire
C’est que la musique s’impatiente
Le manque de continuité et c’était quand déjà
En quelle année ?
Et c’était comment après ?
Le manque de continuité
Une voix répond « je n’ai pas besoin de toi »
Et les voix maintenant vivent à couteau tiré
Elle hurle « voyons, vous battez pas
Vous êtes tous mes amours »
Oh ouais elle est pas mal roulée dans sa robe tachée
Oh ouais elle balance bien
Sur ce son démodé
Hou Hou font les Marlon Brando
Hey Hey touchez pas touchez pas la beauté
C’est une probabilité
La mort le mur la mort le mur
Alors choisi bien choisi bien
Parce que derrière il y a tout ce que tu n’as jamais regretté
Parce que derrière il y a la terre
La mer et le vent et les étrangers
Parce que derrière
Tu pourrais me faire bander
Tu pourrais me faire décrocher
Baby Baby
Embrasse-moi
Je veux savoir si y a moyen de se connecter
A la sphère intérieure
Je veux savoir si y a moyen de se barrer quelque part
T’emballe pas trop t’emballe pas
T’es sur la liste d’attente
Ça pourrait prendre du temps
Dès fois que je perde le contrôle de la nuit
Dès fois que je me fasse flinguer
Par une probabilité
Ce que je peux faire pour le moment
C’est te filer de la pitié
Je peux faire ça, pour l’instant
Ou bien tu peux mater
Mate un peu la probabilité
comme elle remue quand je danse
Tu vois pas je chevauche ton manque de confiance
Je me pare de ton orgueil
Je regarde ailleurs
Je vais à maison mère
Je vais à Creepy City
Je vais sur la terre
Il y a la terre et les indigènes et le mur et les étrangers
Je suis la route au dessus de la route
Je suis la langue perdue de Babel
Sur le sexe de dieu
Je suis le proprio où il n’y a pas de frontières
Regarde ici est ma terre
Mate
Mon lopin de solitude et je n’ai pas besoin de t’y inviter
Parce qu’il se pourrait que tu restes
Et tu restes où tu es
Et tu y es
Et tu y es
Et tu y es
Alors, vas-y reste
Mais sache que
Nous sommes à présent liés
Par le sang des planètes
Par le crash des comètes
Nous avons pactisé et
et pas que tisé
Et maintenant ça ne sera jamais assez
Tu vas te faire mal
Tu peux pas sortir comme ça
Tu vas te blesser
Baby Baby la vérité
Cette fête était vraiment à chier
Mais on pourrait bien la sublimer
Cette fête était vraiment à chier
Mais c’est là qu’on a su
La probabilité
Les gens s’en sortaient pas mal
Avec leur amour dans la poche et leur pilule de propreté
Baby Baby
C’est ensemble que l’on tombe et lui qu’est ce que t’en fais ?
Baby Baby
Il n’y a rien à saisir que des clés de probabilités
et des murs et des murs
et des fissures
Mais ramasse le bébé
Ramasse le bébé fais le voler fais le voler
Oui moi aussi je suis fatigué et la nuit se sépare en deux
Et je vois la mer se fendre et je sens la terre se fendre
Et je vois mon cerveau se fendre et le tien et le tien
Et le temps et le temps
Ramasse l’enfant
Mets le du bon côté
Le ciel n’a pas changé pour l’instant
C’est de l’électricité
C’est une planète difficile à avaler
C’est une probabilité
Une probabilité
Une probabilité
N’abandonne pas
N’abandonne jamais

Le quatorzième délire

deterrage, illustré, parabole

Merci de cœur à Annalisa Bollini pour l’illuminée illustration d’un vieux texte qui date de plusieurs années, déterré, un peu retouché et rebaptisé à l’occaz’ « Le quatorzième délire »

À l’heure du clair obscur, Maitre de Cérémonie
Des soirées d’un bastion
Où les morts sont en vie
Et où les vivants crèvent dans les oubliettes et les recoins crasseux
De l’histoire
Il fait passer les galettes de quelques interprètes
D’une musique intacte que l’on croit révolue

– Il y a tant d’émotions qu’on ne saurait par où commencer
Mais tout au fond de son bide, il savait bien des diarrhées
Et les réponses, sans doute, lui importaient peu
– J’ai une chose importante à vous dire, dit-il à ses conseillés
Je ne sais pas vraiment ce qu’il se trame chez ces cons
Mais il est venu à mes oreilles des bruits inquiétants
Il semble clair que les lascars préparent un mauvais coup
J’entends que la barbarie s’installe durablement
Elle coule désormais dans la lymphe de leurs mômes.
Le monstre est dans la veine
Et pour lui, la mort est l’unique manière de pardonner
Si ce vent mauvais inocule le peuple
Attendons-nous à un irrépressible chaos !

Les fidèles revenaient
Des pèlerinages imaginaires
Chargés de gros paquets remplis des dernières trouvailles à la mode
De bijoux, de parfums, la plupart contrefaits.
Ils avaient entendu siffler les balles sur le couchant
Et la chaleur écrasante s’appuyait sur leurs épaules brulées.

La pente était raide pour atteindre le fort
Mais la perte de foi n’était pas envisageable
Quand ils scrutaient l’horizon vers la grande sainteté
Ces visages enfiévrés étaient couverts d’un voile d’ignorance
La trace de sang avait été miraculeusement effacée
Il restait seulement quelques taches de sueurs
Et une odeur de beurre très rance

– Tout devra être ravalé par ma terre
Et les comptes seront bons, avait-il pensé
Il avait le cœur ferme, mais charitable
– Ils comprendront le prix de ces idéaux.
J’exporterais davantage encore ce qui fait de moi un intouchable
De par le vent et les marées
Rouvrez la salle des fêtes, donnez du pinard aux édentés.

Dans la ruelle commerçante, le braillement des apothicaires
Vibrait comme le râle des crevards qui refusent la mort
Les clochards regardaient hébétés les mollets
Des bureaucrates qui sortaient pour la pause déjeuner.
Sur un panneau on pouvait lire :
« Vous et vous seul savez »
La rumeur d’une attaque ennemie s’était propagée ce matin
On jouait sur la place centrale des chansons pieuses,
On cherchait ça et là les musiques traditionnelles
Qui auraient recouvré le moral du peuple
Un cavalier d’une allure presque antique
Était resté pensif devant la forteresse, une paille dans la bouche
Le regard préoccupé mais confiant

Il fit alors très doux dans l’antichambre
– Attrapez-moi ce con d’Auguste !
Ces mots lui vinrent à la bouche, d’une mystique inspiration

Le juge d’instruction qui se trouvait par hasard en ville fut convoqué
Il eut un long entretien en privé avec Lui. Il en sortit très éprouvé
– Je porte une trop lourde responsabilité, dit alors le juge.
– Ne pose pas de questions, répondit-il,
Nous n’avons pas le choix, fais juste en sorte que rien ne se sache.
Il doit crever, sinon c’est foutu.
C’est alors que le vent se leva et que le pont-levis fut baissé
Auguste s’éloignait sur sa monture boiteuse
Et tous les autres rentrèrent pour ne jamais ressortir.

Pour s’en mettre plein les mirettes des créations d’Annalisa, voici le lien :
http://www.annalisabollini.altervista.org/illustration/Home.html

ça progresse

blues, délire

y a bien longtemps
ça prend de la bouteille
on a toujours soif
mais bon, peut être que ça progresse
la bouche pâteuse et les dents sales
anges sirotant des roteuses ou s’injectant des rêves
pâles
toi l’animal des zoos et des voyages derrière les murs
puisses-tu trouver des villes banquises
et des chambres d’hôtels à trois balles
où y a encore un peu d’amour coincé
par là, entre les lattes, entre les ratiches,
sur la moquette et sous la couette
relève tes manches de manchots
c’est triste, mais il faut l’inventer quand même

tabula rasa

débordement, délire, fièvre, tiroir

incursion des astres dans les marées de mon sang
expansion de l’éternité comme une note éclatée dans
la circulation de mon fluide
de mon feu
insolent et fanatique
chaque seconde s’élève avec l’expiration indéfinie
de la mort
chaque seconde érige des villes vulnérables
des fièvres sans limites
des monuments d’oublis
cris
inopinés
une dimension explose
renversement
des travaux archaïques
des gloires stériles
place
aux lagunes démentielles
imprégnées de destin
hors d’atteinte
j’entends naitre
chaque seconde
où la mort expire
recrache sa pluie de comètes
la révolution des planètes
et chaque seconde compte
et décompte