Après la nuit

reflux

 

Nouvelle ville, nouvelle fille.

Elle ne sait pas vraiment où je vais, si elle peut embarquer, si je la mène en bateau sur mes eaux insomniaques,

Elle hésite, elle se prononce pour le saut de l’ange sur la baie des démons.

Elle se tâte, puis se précipite sur la flamme indécise d’une lanterne noire.

Elle ne sait pas vraiment où elle va, les vagues semblent trancher les questions isolées. La solitude est un bouillon de société. Je suis derrière tout ça.

Je ne sais pas vraiment où je vais, je sais que je suis passé par là, et que la moiteur s’est fondue dans une étrange affection.

Nouvelle ville, nouvelle fille,

L’autre disait qu’elle aimait la mer de septembre.

L’aventure commence.

ça progresse

blues, délire

y a bien longtemps
ça prend de la bouteille
on a toujours soif
mais bon, peut être que ça progresse
la bouche pâteuse et les dents sales
anges sirotant des roteuses ou s’injectant des rêves
pâles
toi l’animal des zoos et des voyages derrière les murs
puisses-tu trouver des villes banquises
et des chambres d’hôtels à trois balles
où y a encore un peu d’amour coincé
par là, entre les lattes, entre les ratiches,
sur la moquette et sous la couette
relève tes manches de manchots
c’est triste, mais il faut l’inventer quand même

Chroniques

chronique, point de vue, voyage

On a jamais vraiment été, même lorsque ça caillait grave dehors et que dedans, c’était brulant, qu’il n’y avait d’autre à envisager que d’étreindre un rêve d’immortalité, jamais vraiment, les atomes un peu ici, un peu partis, un peu barrés, un peu trop loin, jamais vraiment, parfois quand même un peu frangin, les soirs où y avait rien d’autre à envisager que se mettre sur la corniche pour regarder tomber la nuit sur la ville, en se disant qu’on pourrait bien l’assiéger, rester là devant, jusqu’à ce que la douleur crève de faim, jusqu’à ce que la nuit exhale son parfum de matin. Et puis y avait cette saloperie de complicité, la route et la même destination. On les aimait les bougres et les ratés, pour les mêmes raisons, leur absence de pères et de repères, leurs passions et leurs colères, on se foutait bien de leur gueule aussi, lorsqu’ils marchaient de travers, qu’ils se vautraient dans les fossés. On les aimait aussi, les bêtes et leurs pupilles pleines de méfiance, qui donnent la confiance qu’on mérite. Bien sur, aussi, y avait les glandes, qui nous remontaient dans la gorge, qui nous filaient des glaires, des larmes, face aux carnages, face aux dilemmes, face à nous-mêmes, à vouloir nous tirer du piège de la culpabilité, aller jusqu’au bout d’une abstraction, préoccupé qu’on était par les histoires de conscience, poussé de l’intérieur vers un mur tagué de sang.