Partir et rester

peinture, peinture et poésie, portrait, pulsation, reflux, souvenirs, voyage

L’homme regardait les flammes
Comme on regarde dans les yeux du destin
Peut-être à mi-chemin entre prudence
Et aveuglement
Il avait regagné in extremis
Ce petit amas rocheux au milieu d’une mer d’armoise
Il pensait à l’enfant qu’il avait laissé là
Avait-il eu le temps de lui transmettre ça
Lui qui s’était évertué à rester digne
À maitriser dans le foyer de son âme cette bienveillance
Qu’il avait reçu jadis
Et l’homme regardait les flammes
Volées il y a longtemps
La lumière transfuge
Qui depuis lors
Vacille
Dans le regard du destin

_MG_1449

Stupide

blues, fièvre, humeur

On peut voir une étoile ou se dire que se sont toutes les mêmes
Des galets, des pépites, juste des minéraux
Je dormais presque comme un bébé
Mes rêves étaient dénoués de corruption
La vie était un jeu, mais ça faisait longtemps qu’on avait dépassé le stade et l’arène.
Je croyais. Je croyais.
Non le jeu, le pouvoir.
Le feu, la dette
L’honnêteté, la sincérité
Parfois, on voudrait déléguer sa force
Laisser entrer sans frapper
Mais tu t’en tapais de la pièce, des meubles, des agencements
Du détail qui en dit long
Tu voyais juste une chambre d’enfant remplie de plaintes
Mais tu peux dire je t’aime, c’est juste une manière sincère de te faire voler
Dire que tu as besoin d’elle, te tirer une balle dans le pied

Tu n’es peut-être rien qu’une stupide beauté
Une pierre qui n’arrive même plus à rouler
Trahison c’est un bien grand mot.
On pourrait se contenter de fausse manœuvre
Je suis sorti de là
De mon infidélité et de mes faux serments
Mais même moi, je ne comprends pas comment
Tu ne sauras pas
Et bon j’ai pas envie d’entendre non plus tes théories
Tes victoires qui s’enchainent à des souvenirs tyranniques
Et cette sorte d’amour que l’on soustrait
Libre ? Quelque chose comme ça ou bien splendeur
Qui ne touche à rien
J’aurais voulu te donner le matin
Mais tu l’aurais vendu à la nuit contre une petite sécurité
Tu n’es qu’une stupide beauté

Cœur envieux
Navré
Méchamment
Retiens-moi
Ne prends pas plus que ce dont tu as besoin
Entends la vérité du silence
Ne te trahis pas toi-même
Laisse la mouise qui ne t’appartient
Laisse la justice au destin

Mes pensées n’étudient rien
Tandis que tes yeux s’automnent
Puisque je voudrais m’excuser pour
Celui qui a commis le crime
Ehonté
De ressentir
Qui s’était brisé sur la frontière
Qui s’était lié à un nuage

Je suis si stupide
Une pierre qui n’arrive même plus à rouler
Sur laquelle les spores ne savent même plus germer
Je t’aime

Je voudrais te voir fleurir sous la lumière de mes larmes

Succession

pulsation, voyage

Sans chercher à savoir pourquoi
À quoi ça peut bien ressembler
Elle disait « que ça revienne ou pas »
Il disait « que ça casse ou passe »
L’espoir avait perdu confiance
Restait encore là-bas la chance
Inexorablement familière

J’étais sorti de nulle part
Et arrivé tard dans la nuit
Un dernier tour dans mon sac
Et du sang-froid sur ma chemise
Vers le phare j’ai reconnu la menace
Je l’ai suivi jusqu’à la Plaza de Armas
Où j’ai dû tout jeter pour pouvoir entrer

Le corbeau portait un message dans le bec
Il demanda de lui expliquer
Elle a dit « seul toi peux savoir, mec »
Il resta longtemps à ruminer
Puis un vent se leva comme un voile
Le port prenait la forme d’une colère ligotée
Il cria « bande d’enfoirés, rendez-la-moi !»

Accrochée à la nuit de noces
Elle supplie les dieux d’être honnêtes
Comme il s’éloigne, elle hurle et pleure
Et tente de le retenir avec un poème truqué
Dans la rue dévastée d’abondance et de flammes
Il dit « courage, tu as ce dont tu as besoin
Évite les péages et garde le cœur pur »

Vénus était en Scorpion
Et dans mon cœur se trouvait le canif d’Orion
J’étais triste comme la lune de mars
Lorsque j’ai entendu tes proverbes sortir
De la bouche d’un politicien véreux
Et lorsque le dernier ange que tu m’avais présenté
S’est avéré être un maquereau sans âme

Entre quatre ciels, sur le pavé nostalgique
Elle passe en revue les possibilités
Tandis qu’il dort et rêve qu’elle baise avec Dieu
Dans les culs de sac, la débauche se délecte
D’une réalité commune. Choisir l’amour.
D’une vie antérieure, un cœur percé se déleste
Elle est toujours là. Il se réveille ailleurs.

Sans hésitations. Je prends les mesures
Encore un peu, je pense à eux.
A un éventuel retour, mais la mémoire se sauve
Un sanctuaire. Ce qui viendra sera paisible
Sans pardon, ni punition, d’une telle sincérité
Et ils relâcheront doucement leur étreinte
En regardant la mort qui s’incline devant leurs pieds

j’ai rêvé

blues, humeur, noir, tiroir

j’ai rêvé

l’amour était parfait

je me sers un café et je reviens sur ce matelas trop dur
comme un éphémère se colle au réverbère

j’entends quelqu’un qui s’approche
« qu’est-ce qui ne va pas ?
tu as perdu quelque chose ? »

« n’approchez pas où je tire ! »

et j’envoie une rafale
de pruneaux dans les murs

mais mon chargeur se vide et
des femmes en profitent
pour entrer

« je t’avais dit que cette lopette était encore au pieu »

elles
ont des mâchoires tuméfiées
et des valises vides sous les yeux
(des valises qui ne voyagent jamais)

« hé mec, tu voudrais pas ouvrir tes volets ? »

et elles consument leurs mégots dans l’obscurité
et l’écrasent sur leur peau

« je sais pas ce que j’ai ce matin, bordel de merde j’ai mal au dos »

elles
ont peut-être des raisons de se plaindre,
mais je préfère me dire
qu’elles ont mérité cette pauvreté
« cassez-vous, s’il vous plait »
« bah, fais pas ton rabat joie
allez mon vieux, dis-nous qu’est-ce qui va pas ? »

j’ai rêvé des femmes de Milo Manara
voilà ce qui va pas !